L'économie guadeloupéenne à l'arrêt : les conséquences de la grève.

Depuis le 18 janvier 2019, un mouvement de grève sociale paralyse l’île de Guadeloupe, mettant en évidence les problèmes économiques et sociaux qui perdurent depuis des années. La grève a suscité le plus grand mouvement de protestation sociale que l’île ait connu depuis 2009 et fait du racisme anti-créole, du harcèlement et des licenciements abusifs, des questions auxquelles il faut répondre.

Le début d’une longue grève : une révolte contre le racisme

Ce mouvement social s’est amplifié après la parution d’une vidéo sur les réseaux sociaux montrant une altercation entre un policier et un jeune, qui a montré une brutalité excessive envers le jeune. La vidéo a montré le racisme qui perdure et qui se manifeste souvent à l’encontre des habitants d’origine africaine ou créole de l’île : le racisme anti-créole a en effet longtemps été une question taboue à la Guadeloupe.

Le mouvement a rassemblé des centaines de personnes dans les rues, ce qui a conduit les autorités à fermer certaines principales routes de l’île. Des groupes de citoyens se sont regroupés chaque jour pour manifester leur mécontentement et leur désaccord avec le comportement de la police et le racisme qu’elle véhicule. Cependant, les manifestations ne se sont pas limitées à la dénonciation du racisme : les manifestants ont participé à des sit-in, ont écrit des lettres et ont organisé la plus grande grève sociale Guadeloupéenne depuis plus de 10 ans.

Le manifeste de la grève et ses revendications : la lutte pour plus de justice sociale

En mars 2019, plus de 300 personnes ont rédigé le « Manifeste des Guadeloupéens » demandant la satisfaction des trois principaux axes de revendication du mouvement gréviste : le racisme, le harcèlement et les licenciements abusifs. Ces axes de revendication visent en particulier à changer les rapports entre les autorités et les citoyens, à obtenir plus de justice sociale et à faciliter la mise en œuvre des droits constitutionnels.

Dans le domaine du racisme, ils demandent une réforme de la police et des mesures pour lutter contre le racisme et la discrimination raciale. Ils réclament également que toutes les victimes de ce type de violence soient entendues et que des mesures soient mises en place pour éviter que ces incidents ne se reproduisent à l’avenir.

Dans le domaine du harcèlement, ils demandent notamment des mesures pour améliorer les droits à l’emploi et à la protection sociale des travailleurs. Ils demandent à la fois un niveau de salaire minimum acceptable et une protection contre le harcèlement sexuel et autres formes de harcèlement au travail.

Enfin, dans le domaine des licenciements abusifs, les manifestants demandent l’ouverture des lois sociales et la promotion des droits des travailleurs et des acteurs de l’économie. Ils réclament la fin des licenciements abusifs et des pratiques qui favorisent les inégalités salariales et les discriminations sociales.

La persistance des problèmes socioéconomiques

La Guadeloupe fait face à des difficultés structurelles dans plusieurs domaines et à de fortes inégalités entre riches et pauvres. Le gouvernement français a mis en place des mesures pour lutter contre l’exclusion sociale et améliorer l’accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi, mais ces mesures n’ont pas permis de résoudre les problèmes.

Le PIB par habitant est l’un des plus faibles de la région et reste en deçà des objectifs de développement durable. De plus, le taux de chômage est toujours élevé et la précarité s’est accrue. Le niveau de vie est faible, le marché du travail peu dynamique et l’accès à l’emploi ne permet pas une réelle intégration des plus jeunes dans la société.

Ces problèmes sont exacerbés par le creusement des inégalités : les écarts de revenus ont tendance à s’accentuer, et les nations étrangères ont notamment la possibilité de profiter de l’économie et de la manne touristique à d’autres fins. De plus, les entreprises multinationales exploitent certains secteurs et accaparent la richesse des territoires.

La détérioration de la situation et le retour de la politique coloniale

Plus récemment, le mouvement social en Guadeloupe a été confronté à une grave crise politique. En novembre 2019, des manifestations massives se sont produites après l’annonce du décret du président Macron relatif à la « flexisécurité », qui augmentait les exigences pour les travailleurs temporaires et fragilisait leurs droits. La colère a atteint son point culminant lorsque le gouvernement a décrété l’état d’urgence et a envoyé l’armée pour limiter les manifestations. Ces événements ont provoqué l’indignation, qui s’est manifestée à travers un large mouvement de manifestations et de protestations, dont le début de la longue grève de janvier 2019.

Malgré ces efforts de résistance, la situation sociale et économique s’est détériorée. La crise de la Covid-19 a plongé la Guadeloupe dans une profonde récession, et la promotion touristique a conduit les autorités à imposer des restrictions strictes. En même temps, la crise sociale perdure et le racisme anti-créole, le harcèlement et les licenciements abusifs continuent d’être des préoccupations immédiates pour